« Cette médaille : On était trois à y croire, avec notre entraîneur »
Début février, Florian Bourrassaud, 3ème au dernier championnat du monde de tennis de table en double, était à MOMA à l’occasion d’un cours du Master 1 Marketing du Sport et des Loisirs. Une belle opportunité pour nos étudiants d’échanger avec lui, de lui poser leurs questions et de partager un moment convivial autour de la petite balle blanche.
Interview de Florian Bourrassaud par les étudiants de M1 MSL
Ce jeudi 5 février 2026, Florian Bourrassaud, 3ème au championnat du monde de tennis de table était de passage à MOMA pour échanger avec les étudiants du master 1 Marketing du Sport et des Loisirs.
Une occasion privilégiée pour les étudiants qui ont pu lui poser quelques questions.
Quels sports aimes-tu pratiquer ?
Forcément, j’aime un peu déjà tous les sports de raquette que je pratique. J’aime bien jouer au tennis, si je casse pas la raquette. Sinon, il y a le padel maintenant, c’est bien. Sinon, non, tous les sports co en fait, je suis un compétiteur dans tous les sports. Et j’aime bien tester de nouveaux sports.
Parle-nous d’un style de jeu ?
J’aime être très agressif sur l’adversaire, mais ce qui va me coûter des fautes et des points.
Comment t’échauffes-tu avant une compétition ?
En fait 9h, en gros on dit 9h à la salle d’entraînement. De 9h à 10h, il y a plus ou moins un échauffement personnel et physique.
Comment as-tu réagi à l’annonce de ta médaille ?
Quelque chose de fou quoi. En 28 ans je crois, 27 ou 28 ans je ne sais jamais, qu’il n’y avait pas eu de médaille pour l’équipe de France. Et c’est nous qui l’avons. On était trois à y croire.
Comment équilibres-tu ta vie et ta carrière sportive ?
C’est dur d’avoir, de construire une vie à côté. Forcément, moi je suis vraiment dans mon projet, à suivre ma passion. Je suis tout le temps à droite, à gauche. Demain, je pars en Suisse. Après je vais, dans deux semaines, dans une semaine, je vais en Inde. Dans deux semaines, je suis à Singapour.
Et après les échanges, place à la démonstration !
Vidéos et photos : Emma T, Florian B et Stéphane B
Découvrez l’interview de Florian Bourrassaud en intégralité
Emma T : Bonjour, j’aurais voulu savoir pourquoi tu as choisi le tennis de table plutôt qu’une autre discipline ?
Florian : Alors bonne question, je pense que c’est de famille. Mon père a joué au tennis de table à un petit niveau régional. Et moi j’étais tout petit et j’allais le voir jouer. En fait ça m’a plu de suite. Et après j’ai essayé de jouer avec mes parents, puis en club. Mais c’est vrai que j’avais un peu cette pression car tous mes potes faisaient du foot et tout le monde me disait : beh viens faire du foot et en fait : non j’avais le truc, j’aimais bien, j’ai continué et je n’ai fait que ce sport.
Rafael : J’aimerais savoir quelle est votre relation actuellement avec le tennis de table : c’est encore un loisir, ou alors c’est un travail, ou un sport ?
Florian : En fait c’est devenu mon métier avec le haut niveau. Mais, je ne le vois pas comme un métier. Forcément c’est ma passion, c’est mon rêve et cela a toujours été mon rêve de vivre de ma passion et donc aujourd’hui c’est aussi mon métier. Mais étonnement, je m’entraîne tous les jours pour performer sur les compétitions, mais personne ne me paye pas pour cela. Si je veux, je ne m’entraîne pas. Mais, par contre, on me paye pour gagner des matchs. Donc, je dois me débrouiller comme je veux. C’est pour ça qu’aujourd’hui je suis à Montpellier pour bénéficier de la structure d’entraînement. Mais on est dans le sport et, du jour au lendemain ça peut tout peut basculer. Et dans les deux sens.
Ilouma : Je voulais savoir qu’est-ce que tu préfères dans le tennis de table ?
Florian : C’est une bonne question. C’est super ces questions qu’on ne me pose jamais. Déjà, je pense que c’est un duel déjà et j’aime bien les duels. Etre confronté avec quelqu’un. Je ne suis pas quelqu’un qui aime me battre avec un chrono ou un temps. J’aime me battre contre quelqu’un et en fait, nous, on a cette caricature où c’est un peu un jeu d’échecs… mais avec le cardio assez élevé (rires). J’aime bien toute cette stratégie qu’on a. Comment embêter notre adversaire, mais en même temps avec un côté sportif. Donc, je dirais c’est cette stratégie qui me plaît et après tout ce qu’il y a autour et ce défoulement physique.
« On ne me paie pas pour m’entraîner, mais pour gagner des matches »
Noé : Est-ce que tu préfères le simple ou le double ?
Florian : Ça c’est Joker je peux ? (Rires partagés). Euh, bah en fait non franchement elle est dure cette question. Elle est dure parce que le simple : c’est avec ça que je gagne ma vie et que j’ai pu me développer. Mais actuellement, c’est avec le double que j’ai mon plus gros palmarès et que j’ai pu faire les plus belles choses. Et que je suis en équipe de France ! Et donc en fait c’est pour ça que Joker sur les deux j’ai vécu trop de choses (sourires).
Noé : Quels sont tes prochains objectifs en double ou seul ?
Florian : Déjà, je ne sais pas si vous savez un peu l’histoire. On a fait une médaille au championnat du monde au mois de mai et mon coéquipier s’est blessé sur une célébration (rires). Et du coup là il revient donc en fait on fait notre comeback, on a eu ce qu’on appelle une wildcard du grand smash à Singapour (NDLR : en cours au moment de la parution : 1 victoire contre les chinois 3-1). On va reprendre tout doucement à rejouer ensemble. Pour le double forcément nous l’objectif ce sont les championnats d’Europe au mois d’octobre. Et pour le simple, pour moi il y a l’objectif de rentrer en équipe de France. Car je le suis en double mais pas en simple. Aussi l’objectif c’est toujours de grimper !
Anouck : J’aimerais bien savoir quel est ton style de jeu ? Et quel adversaire a été le plus dur à affronter ?
Florian : Bah mon style de jeu s’est développé avec mes conditions physiques, et je suis comment dire, axé sur la puissance. Donc mon style de jeu c’est d’être assez puissant donc ça va dans les deux sens où, comment dire je vais être très agressif sur l’adversaire, mais ce qui va me coûter des fautes et des points. Le joueur le plus dur, je pense c’est en double, j’avais joué le numéro 1 mondial. Mais sinon, je dirais que c’est plus à l’entraînement parce que j’ai des belles confrontations notamment avec les frères Lebrun.
Anthony : Je voulais savoir c’est quoi le plus grand obstacle que tu as eu dans ta carrière ?
Florian : On est dans les trucs profonds là (sourire). Je dirais quand je pars de chez mes parents à 11 ans pour justement essayer de m’entraîner plus. Moi je viens d’un petit village pas très loin de Lyon et je n’avais rien pour m’entraîner. Et vers mes 15 ans, forcément un peu période adolescente, ma progression chute. C’est-à-dire que c’est la première année où je régresse.
Photo : Florian, 3e au championnat du Monde, avec son coéquipier et les frères Lebrun
Jules : Tu as été médaillé de bronze très jeune au championnat de France. Comment t’as géré aussi jeune ?
Florian : Ouais là ça a été a été quelque chose d’assez fort : c’était la première médaille du département (rires). Et en fait direct j’ai un sponsor matériel qui est venu. Et forcément tu es dans le journal, tu es content, (rires) tu as une petite tête, et cela fait de beaux souvenirs. Et en fait cela a commencé là le premier petit déclic où on se dit déjà, on a envie d’aller un peu plus loin.
Lou : Pour en arriver au niveau aujourd’hui, as-tu fait des sacrifices dans ta vie personnelle et professionnelle ?
Florian : Oui (rires). Forcément ! Mais je n’appelle pas cela des sacrifices parce que c’est ce que je veux, c’est ce que je voulais, mais en fait c’est plus sur la vie perso je pense. J’ai déjà arrêté les études à 18 ans. Car il y a un moment où je veux aller à la fac et en même temps m’entraîner. Et à ce moment-là je ne pouvais pas, j’étais à 50 % dans l’un ! Au final j’ai réussi à avoir, à choper un petit contrat pro. Aujourd’hui, en fait c’est plein de petits sacrifices : je passe peut-être deux mois chez moi sur l’année, je vois mes parents une fois par an. C’est dur de construire une vie à côté. Après je suis ma passion, mais je suis tout le temps à droite à gauche. Demain je pars en Suisse après dans 1 semaine je vais en Inde dans deux semaines je suis à Singapour. C’est une vie différente, mais que j’aime. Donc en fait je ne vois pas cela comme des sacrifices.
Pablo : Tu viens de dire tu bougeais beaucoup, mais quand tu es ici cela ressemble à quoi une journée type ?
Florian : Une journée type c’est plus ou moins un réveil à 7h30 8h. Début de l’entraînement aux alentours de 9h30. On fait un échauffement physique pour être bien. Et après on fait de 10h à midi : entraînement à la table avec plein de séquences différentes. Ensuite on fait quand même une bonne pause parce que c’est assez intense et vers 15h jusqu’à 18h : un travail spécifique. On a un gros seau de balles et on s’envoie des balles assez simples pour travailler des coups techniques. Parce que la balle est petite, la table est petite et techniquement on doit avoir le coup le plus parfait possible.
Cassylda : En compétition, As-tu une routine particulière ?
Florian : Avant les compétitions, on va vraiment s’entraîner parce que vu que j’ai peu de temps d’entraînement sur place. Puis, pendant la compétition, après on va vraiment être focus sur les matchs en général, avec un ou deux matchs par jour. Par contre après compétition, on continue de s’entraîner, de faire le travail physique. La nouveauté chez mois depuis cette année : j’ai dû apprendre à m’entraîner en compétition. Et c’est quelque chose qui a été assez difficile.
La France gagne sa 1ière médaille du double aux championnat du monde depuis 28 ans, grâce à Florian et EstébanFlorian Bourrassaud lors des championnats du Monde
Anna : J’aimerais savoir quelle est l’importance de la préparation mentale pour tes performances ou tes compétitions ?
Florian : Comment simplifier cela (soupirs…) ? Forcément c’est important, mais en France on aime bien parler de prépa mentale. C’est quelque chose comme : “Oh il a perdu, il n’est pas bon mentalement. Et il a gagné il est bon mentalement”. En fait pour moi il y a deux écoles sur le mental, il y a la première école, je vais perfectionner ma technique à l’entraînement. Et en match au moment le plus dur, le plus stressant en match, j’ai tellement perfectionné ma technique que je vais réussir mon coup. Cela ne passe pas par le mental, non. Et après il y a le truc “j’y vais au talent”, (rires) mais cela j’y crois moins. En fait chacun est différent. Et moi, j’ai un dialogue tout le temps avec moi où je me parle. Et j’ai réussi à développer des mots clés qui me font avoir certaines sensations. Donc pour le moment où je me sens bien, le moment où je suis archi stressé.
« J’ai de belles confrontations avec les frères Lebrun à l’entraînement »
Emma G. : Du coup moi c’est Emma (rire) et j’aimerais savoir pourquoi t’as choisi le centre d’entraînement de Montpellier ?
Florian : En France, on a plein de clubs professionnels, on a 10 clubs en pro A et 12 clubs en pro B. Mais il n’y a que 3/4 centres d’entraînement où on peut vraiment s’entraîner dans le haut niveau : Nantes, Paris, Metz et il y a Montpellier. Et en fait je suis parti de Metz il y a plus de trois ans maintenant. Et à Montpellier, j’avais envie d’essayer. Il y avait déjà les « frangins » qui n’étaient pas encore hyper bons mais quand même dans les 50 et 100 mondial. Et puis j’avais mon coéquipier en double, Esteban qui était là, il me disait que ça se passait bien et surtout cela a bien matché avec l’entraîneur et tout le groupe.
Thomas : Est-ce que tu as d’autres sports ou loisirs que tu aimes pratiquer à côté ?
Florian : Ouais plein ! Forcément j’aime un peu déjà tous les sports de raquette que je pratique : le tennis si je ne casse pas la raquette (rires). Sinon il y a le padel maintenant. Sinon tous les sports co en fait, car je suis un compétiteur. Et j’aime bien tester des nouveaux sports. Que ce soit des trucs qui n’ont rien à voir : l’escalade, la natation.
Lou : On a vu que tu avais une entreprise. Est-ce que tu pourrais nous en parler un peu plus, nous dire en quoi elle consiste ?
Florian : « Le Bourrashow » ! C’est une entreprise que je viens de créer là. Alors à la base c’est un peu mon nom de scène, on va dire. C’est comme ça que j’ai renommé mes réseaux parce que je n’ai pas un rôle, mais avec ma personnalité, j’ai développé une image. Et via le double, on était dans le truc dans des célébrations. Donc j’ai créé ma chaîne YouTube où j’ai commencé à faire des vlogs des blogs. J’essaie de partager ma vie, les compétitions. Et après en fait j’ai juste lancé ma petite auto entreprise car depuis les championnats du monde, j’ai eu pas mal de demandes pour faire des interventions. Cela peut être des séminaires, des trucs comme ça.
Emma L. : Je voulais savoir si tu pensais que ton sport est assez valorisé en France ?
Florian : Il commence oui, et il commence à avoir plus de valeur. Les gens connaissent ce sport, commencent à le respecter. Moi il y a 10 ans quand je disais que j’étais pongiste, c’était le sport du camping et on rigolait. Maintenant plus personne ne se cache. On connaît les frères Lebrun, donc cela passe mieux. Après forcément cela ne sera jamais le foot ni le basket. On ne veut pas être devant non plus, mais au moins être là. On commence à être médiatisé être plus respecté et c’est tout ce que l’on demande en fait.
Catherine : J’aimerais savoir si tu avais prévu quelque chose pour après ta carrière professionnelle ?
Florian : J’ai des idées et forcément il y a la reconversion entraîneur. Qui pour l’instant est en option. Egalement, être dans la prépa physique et il y a tout ce qui est autour. Après si je peux être avec la fédération avec les équipes de France, ce sera avec grand plaisir. Donc cela restera dans le sport, sûrement dans le tennis de table.
Lucas : On voulait savoir quel était ton plus beau souvenir dans ta carrière ?
Florian : Ah forcément : la médaille au championnat du monde qui était quelque chose de fou. Cela faisait 27 ou 28 ans je crois, qu’il n’y avait pas eu de médaille pour l’équipe de France. Et c’est nous (rires) qui l’avons ! On était trois à y croire, je pense. Nous deux et notre entraîneur de Montpellier.
Pablo : Dernière question : Quand tu avais 6/7 ans, tu te voyais déjà là où t’en es aujourd’hui ou pas du tout ?
Florian : Non pas du tout ! Juste pour l’anecdote, quand j’ai eu 8 ou 9 ans, je suis déjà le premier, le meilleur de ma catégorie, mais l’entraîneur nous pose plein de questions “c’est quoi vos objectifs dans la vie”. Et tout le monde dit “moi je vais être champion du monde”, “moi je vais être champion d’Europe”, “gagner Jeux olympiques” et moi qui était le meilleur à ce moment-là, je dis “je vais être dans les 1000 premiers français”. Et donc là tout le monde rigole… et au final je suis le seul qui a réussi à être dans les 1000 premiers français (rires).
Un grand merci à Florian Bourrassaud pour le temps qu’il a accordé à nos étudiants !