Écosystème entrepreneurial : dix ans de recherche pour comprendre ce qui fait la force d’un territoire

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Écosystème entrepreneurial : dix ans de recherche pour comprendre ce qui fait la force d’un territoire
Écosystème entrepreneurial : dix ans de recherche pour comprendre ce qui fait la force d’un territoire

Pourquoi certains territoires développent-ils des dynamiques entrepreneuriales spécifiques ? Pour comprendre, Karim Messeghem nous invite à regarder au-delà des entrepreneurs en eux-mêmes et à s’intéresser aux acteurs et aux relations qui composent leur environnement.

Livre faire ecosysteme Karim Messeghem

Dans son ouvrage « Faire écosystème – Contexte, structure et dynamique des sous-écosystèmes entrepreneuriaux », publié aux éditions EMS le 5 novembre 2026, Karim Messeghem, Professeur agrégé des Universités à Montpellier Management (Université de Montpellier), propose de nouveaux éclairages issus de dix années de recherche et de l’étude d’une quinzaine d’écosystèmes à travers le monde. 

L’entrepreneuriat, une dynamique collective

Les recherches de Karim Messeghem sur les PME et les poursuites d’opportunités entrepreneuriales, commencées il y a plus de 25 ans, l’ont progressivement conduit à s’intéresser à l’accompagnement entrepreneurial. C’est ainsi qu’est né le Master Accompagnement Entrepreneurial : création développement transmission à Montpellier Management, en collaboration avec Sylvie Sammut.

En travaillant à la fois sur l’entrepreneur, dans ses stratégies, dans la conduite de ses projets, mais aussi dans l’accompagnement, la question du contexte est devenue de plus en plus importante. « L’entrée par les écosystèmes, c’est aussi mieux comprendre le contexte dans lequel s’inscrit l’action entrepreneuriale », explique-t-il.

Un écosystème entrepreneurial rassemble des acteurs et des ressources qui contribuent au développement de l’entrepreneuriat et de l’innovation sur un territoire. Incubateurs, structures d’accompagnement, institutions, entrepreneurs ou encore communautés professionnelles participent à cette dynamique à travers leurs interactions.

Pour comprendre ces écosystèmes, Karim Messeghem a étudié une quinzaine de terrains, avec un large maillage de l’échelle locale (de Montpellier à Toulouse), nationale (Dijon, Strasbourg, Paris, Lille…), en passant par l’international (Espagne, Pays-Bas, Canada, Maroc ou île Maurice). Ses travaux montrent que chaque écosystème suit une trajectoire qui lui est propre, façonnée par son histoire, sa géographie, sa culture et les choix effectués au fil du temps.

Les « sous-écosystèmes », le maillon manquant

Au cœur de l’ouvrage, Karim Messeghem propose une nouvelle manière d’analyser et décomposer un écosystème :« La thèse que je défends ici, c’est qu’il faut raisonner en termes de sous-écosystèmes. »

Ces sous-écosystèmes peuvent se structurer autour d’un secteur d’activité (comme le numérique), d’un public (comme les femmes entrepreneures) ou d’une fonction (comme l’accompagnement à la création d’entreprise). Chacun possède sa propre logique d’action, une identité partagée et des frontières plus ou moins ouvertes. À titre d’exemple, à Montpellier, MedVallée illustre parfaitement cette logique en faisant converger santé, agronomie et écologie. Des axes en lien avec l’histoire de l’Université de Montpellier et de notre territoire.

Les liens entre sous-écosystèmes qu’on appelle couplage (fort ou faible) sont également déterminants : ils peuvent renforcer la capacité d’un territoire à évoluer et à faire face aux transformations technologiques, sociales ou environnementales. La manière de mesurer ces relations et leur influence reste toutefois un autre sujet de recherche.

En effet, la capacité des sous-écosystèmes à coopérer varie selon les territoires. Pour favoriser ces liens, plusieurs acteurs peuvent jouer un rôle clé : les communautés d’entrepreneurs, les décideurs publics ou encore les structures d’accompagnement…

À Montpellier, le BIC (Business & Innovation Center) et la CCI Hérault contribuent à cette dynamique. La chaire Entrepreneurial Ecosystem Lab de Montpellier Management est notamment partenaire de la CCI dans le cadre de « La Place Créative », à travers « La Place aux Pitchs », un concours de pitch créé en 2016 par Karim Messeghem qui permet aux porteurs de projets, en particulier étudiants, de présenter et de valoriser leurs projets entrepreneuriaux.

Autant d’initiatives qui favorisent les échanges, la confiance et le partage de ressources entre les acteurs du territoire.

Miser sur les spécificités de chaque territoire

Pour analyser un écosystème, l’ouvrage s’appuie sur trois dimensions complémentaires :

  • Le contexte (C) qui renvoie notamment à l’histoire, à la géographie et aux caractéristiques économiques du territoire ;
  • La structure (S) qui concerne l’organisation des acteurs et des sous-écosystèmes ;
  • La dynamique (D) qui permet de comprendre leur évolution dans le temps.

Le modèle Contexte–Structure–Dynamique (CSD) constitue une grille de lecture permettant de comprendre la singularité et les trajectoires des écosystèmes entrepreneuriaux. Il invite les territoires à s’appuyer sur leurs spécificités plutôt qu’à reproduire des modèles existants. « Un territoire comme Montpellier n’a pas intérêt à chercher à s’aligner sur une capitale comme Paris, mais plutôt à privilégier trois ou quatre sous-écosystèmes clés en y consacrant des moyens significatifs », souligne Karim Messeghem.

Les territoires moins dotés en infrastructures ou en ressources peuvent néanmoins développer une dynamique entrepreneuriale en renforçant les coopérations notamment avec d’autres territoires. « Les entrepreneurs n’ont pas de frontières », rappelle-t-il. Depuis quelques années, la mobilité et la digitalisation facilitent l’accès à des ressources et à des réseaux situés en dehors des frontières des territoires.

Un écosystème performant doit aussi être inclusif

La question de l’accès aux ressources constitue un autre enseignement important des recherches. Selon les résultats évoqués par Karim Messeghem dans une étude menée dans le cadre du Global Entrepreneurship Monitor (GEM) et publiée par l’Entrepreneurial Ecosystem Lab en 2026, environ 23 % des entrepreneurs mobilisent une structure d’accompagnement. Un chiffre qui interroge : comment permettre à davantage de porteurs de projets de bénéficier des ressources disponibles ?

Les transformations numériques invitent également les structures d’accompagnement à faire évoluer leurs pratiques. L’intelligence artificielle peut notamment aider à tester des hypothèses, construire un business plan ou automatiser certaines tâches. Mais elle ne remplace pas la dimension relationnelle de l’accompagnement.

Autre évolution notable : le rajeunissement des entrepreneurs. L’entrepreneuriat semble devenir plus accessible aux jeunes générations, qui rencontrent aujourd’hui peut-être moins de barrières pour se lancer. Cette évolution soulève toutefois une question : les écosystèmes entrepreneuriaux sont-ils adaptés à ces nouveaux profils, à leurs usages et à leurs attentes en matière d’accompagnement ?

Au-delà de la création d’entreprises innovantes ou à fort potentiel de croissance, la performance d’un écosystème peut ainsi s’apprécier à sa capacité à accueillir des profils variés et à favoriser l’insertion professionnelle. Pour Karim Messeghem, le message est clair : « Faire écosystème, c’est s’engager. » Cela suppose de participer, de partager des ressources et de faire vivre les réseaux. Une démarche collective qui se construit aussi dès la formation, à travers les rencontres entre étudiants, entrepreneurs et professionnels, que les enseignants de Montpellier Management s’attachent à favoriser.

À propos de Karim Messeghem

Karim Messeghem est Professeur agrégé des Universités en entrepreneuriat et stratégie à Montpellier Management (Université de Montpellier).

Ses travaux de recherche portent notamment sur les écosystèmes entrepreneuriaux, l’accompagnement à la création d’entreprise, les opportunités entrepreneuriales et les stratégies des PME.

Il a contribué à la fondation de Montpellier Management et du Lab Entreprendre. Il dirige l’Entrepreneurial Ecosystem Lab (EE Lab), et est également responsable scientifique du Global Entrepreneurship Monitor (GEM) pour la France, un observatoire international de référence sur l’entrepreneuriat.

Auteur de plusieurs ouvrages et de plus de soixante-dix articles scientifiques, il contribue au développement des connaissances sur l’entrepreneuriat et à leur diffusion auprès des acteurs économiques.